Pierre Ier de Serbie (1903-1921) et la France
Mesdames et Messieurs, vos excellences, Monsieur le maire du 8e arrondissement, chers amis,
Aujourd’hui j’ai un grand plaisir d’inaugurer, comme l’Ambassadeur de Serbie, la plaque commémorative en l’honneur du roi Pierre Ier de Serbie, dans cette avenue prestigieuse qui porte son nom, et à l’occasion du centenaire de sa visite officielle à Paris. Selon la presse française de l’époque, durant sa visite en 1911, on lui a réservé un accueil qui par l’enthousiasme, a dépassé l’hospitalité habituelle réservée aux chefs d’État étrangers : des masses parisiennes chantait le roi de Serbie, l’officier de Saint Cyr et le volontaire de la guerre franco-prussienne décoré a cette occasion, les parisiennes chantait la Serbie renforcée et démocratique.
Le modèle pour son règne démocratique Pierre Ier de Serbie trouva en France, le pays dont les doctrines politiques le fascinaient déjà à l’époque où il participait, comme le volontaire et sous le nom de « Pierre Kara », dans la guerre de 1870, dans les rangs de l’Armée de la Loire, et durant laquelle il montra un grand héroïsme et fut blessé près de la ville d’Orléans. Fait prisonnier, il s’évade en traversant la Loire en nageant et rejoint l’arrière-garde de l’armée de Chanzy pour reprendre sa place au combat. En 1876-1877, il se rend en Bosnie sous le nom de guerre Petar Mrkonjić, à la tête des insurgés serbes qui combattent les Ottomans en Bosnie-Herzégovine, mais après l’occupation de Bosnie par l’Autriche-Hongrie, il passe plusieurs années au Monténégro, la deuxième État serbe dans les Balkans. Le jeune prétendant au trône de Serbie se marie avec la fille du Prince Nicholas Petrović Njegoš, la princesse Zorka, avant de se installer, après la mort de sa femme, avec ses trois enfants en Suisse. Le petit fils de Karageorges, célèbre chef de la révolution serbe de 1804, le prince Pierre était le fils du prince Alexandre Karadjordjević, détrôné en 1858.
Un complot militaire met fin en 1903, au règne autocratique d’Alexandre, dernier roi de la maison des Obrenović. Le prince Pierre retourne en Serbie, après presque un demi-siècle d’exil, à l’âge de 59 ans. Lors de son arrivée sur le trône de Serbie en 1903. Pierre Ier de Serbie, traducteur de « Essai sur la liberté » de John Stuart Mill, met en place en Serbie la constitution de 1903, l’une de plus démocratiques et la plus libérale en Europe, inspirée par la Charte française de 1830.
Après seulement quelques années de son règne selon les meilleurs critères de la démocratie parlementaire, Pierre Ier devient le symbole d’espoirs multiples : il était non seulement le porteur de l’amitié franco-serbe dans les Balkans mais aussi le promoteur et le gardian des libertés politiques, et de la gouvernance constitutionnelle et parlementaire dans toute la région de la péninsule. Encore plus, en libérant l’énergie démocratique en Serbie et en définissant les bases de sa modernisation, il devient le symbole d’espoir de tous les Serbes, et les Slaves du Sud, qui était à cette époque-là, les sujets inégaux, voire victimes de pratiques discriminatoires au sein des Empires avoisinants des Habsbourg et des Ottomans.
Après 1903, Pierre Ier n’a pas oublié ses camarades de Saint-Cyr et la guerre de 1870, certains devenus des colonels et des généraux, qu’il a accueilli à Belgrade à plusieurs reprises. À Belgrade le roi Pierre fut également le président de la Société littéraire qui favorisait l’amitié avec la France, alors que la Serbie demeura, jusqu’à 1914, le prestigieux centre de la démocratie et des libertés politiques, et comme Piémont serbe, le centre des rassemblements politiques des Slaves du Sud. Les libertés politiques en Serbie favorisaient un foisonnement culturel qui fit de Belgrade un phare de liberté pour tous les Serbes des Balkans ainsi que pour Croates et les Slovènes, les Slaves musulmanes, les Serbes du Kosovo et de la Macédoine slave.
Sous Pierre Ier la Serbie reçut le surnom de berceau de la démocratie dans les Balkans, et son règne le surnom de l’Age d’or de la Serbie. En été 1914 le journaliste français André Chèradame s'est rendu compte, en étant notamment ému par sa découverte, que le peuple serbe de l'époque était particulièrement attaché au modèle français de la démocratie ainsi que le peuple le plus francophile du monde.
L'opposant de l'expansion agressive germanique dans les Balkans, le roi Pierre s'est fortement retourné vers la France et la Russie, à la différence des derniers souverains de la dynastie rivale Obrenovic, qui étaient surtout attachés à Vienne. En fournissant à l'armée serbe des cannons de l'usine Schneider — Creuzot, le roi Pierre n'a pas seulement confirmé sa francophilie, mais il a aussi créé les bases solides pour la défense et les guerres de libération à venir. Les grandes réussites et les victoires spectaculaires de la Serbie durant les guerres balkaniques (1912-1913), un an après sa visite à Paris, ont renforcé le prestige du roi Pierre et de la Serbie, non seulement en Europe mais à l’échelle mondiale.
En presque doublant son territoire dans le sud, la Serbie est devenue une menace pour l’Autriche-Hongrie. L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en juin 1914, organisé par des patriotes serbes de Bosnie, Ce attentat a servi de prétexte pour les réactionnaires militaristes de Vienne, encouragés par le soutien de l’Allemagne, de commencer le conflit longuement préparé avec la Serbie et de provoquer ainsi « la Grande Guerre ».
Le roi Pierre atteint par la maladie, décide de se retirer de la scène politique. Il désigna en juin 1914 son fils cadet Alexandre comme Prince régent et lui laisse le soin de mener les opérations militaires jusqu'à l’offensive victorieuse d’automne 1918. Malgré sa maladie et l’absence de la vie politique, Pierre Ier, appelé par le peuple l’« oncle Pierre » était dans les premiers rangs durant les épreuves les plus difficiles de la guerre et donnait l’inspiration et la force aux soldats épuisés par le combat. Lorsque la Serbie, cette allie héroïque de la France attaquée en 1915, de trois différents cotés, fut militairement écrasée, le roi Pierre traversa, ensemble avec l’armée les montagnes enneigés d’Albanie, en se faisant admirer par les souverains, généraux et soldats alliés.
Transporté par les navires français sur l’Ile de Corfou , comme la majorité des soldats serbes et des civils sauvés, simple et modeste, Pierre Ier était admiré pour son courage et son loyauté à sa patrie, de son dévouement à l’idée de la liberté et l’unification serbe et yougoslave. Le vieux roi Pierre Ier, inspiré par les doctrines françaises, promouvait les valeurs de liberté, de justice et de souveraineté, qui ont servit des bases pour l’amitié franco-serbe, forgée dans les tranchées du Front d’Orient, en arrière pays de Salonique,
Élus rois le 1er décembre 1918, dans le premier État yougoslave, Pierre Ier obtient le titre flatteur du roi « Grand libérateur ». Roi Pierre finira ses jours dans une modeste demeure à Belgrade en 1921, où il recevra ces amis et ses admirateurs. Après sa mort n 16 août 1921 son fils, le prince régent devient roi Alexandre Ier de Yougoslavie.
Pendant sa visite officielle en France en novembre 1911, Le roi Pierre reçoit la médaille commémorative de guerre de 1870. Entre deux guerres une promotion de Saint Cyr était nommée Pierre Ier de Serbie. Un monument était érigé à son honneur a Orléans, où il fut blessé en 1870, tandis que le grand monument dédié à lui et son fils roi Alexandre de Yougoslavie a été solennellement inauguré à Paris en 1936 (Porte de la Muette).
Aujourd’hui, cent ans plus tard, nous sommes ici pour rappeler la grande amitié qui reliait, durant une grande partie du 20ème siècle, nos deux pays, l’amitié soutenue par le roi Pierre Ier, qui nous inspire et encourage, même aujourd’hui, à renforcer davantage les relations amicales bilatérales entre la Serbie et la France. Les vieilles amitiés ont une grande importance, et il fallut les entretenir et renouveler : En inaugurant cette plaque commémorative, nous avons encore montré que nous comptons sur le soutien important de la France, le partenaire stratégique de la Serbie, dans notre voie difficile mais persévérante de l’intégration à l’Union européenne, l’objectif principal de la politique étrangère de la Serbie.
Paris, le 19 décembre 2011
Pierre Ier de Serbie (1903-1921) et la France
Mesdames et Messieurs, vos excellences, Monsieur le maire du 8e arrondissement, chers amis,
Aujourd’hui j’ai un grand plaisir d’inaugurer, comme l’Ambassadeur de Serbie, la plaque commémorative en l’honneur du roi Pierre Ier de Serbie, dans cette avenue prestigieuse qui porte son nom, et à l’occasion du centenaire de sa visite officielle à Paris. Selon la presse française de l’époque, durant sa visite en 1911, on lui a réservé un accueil qui par l’enthousiasme, a dépassé l’hospitalité habituelle réservée aux chefs d’État étrangers : des masses parisiennes chantait le roi de Serbie, l’officier de Saint Cyr et le volontaire de la guerre franco-prussienne décoré a cette occasion, les parisiennes chantait la Serbie renforcée et démocratique.
Le modèle pour son règne démocratique Pierre Ier de Serbie trouva en France, le pays dont les doctrines politiques le fascinaient déjà à l’époque où il participait, comme le volontaire et sous le nom de « Pierre Kara », dans la guerre de 1870, dans les rangs de l’Armée de la Loire, et durant laquelle il montra un grand héroïsme et fut blessé près de la ville d’Orléans. Fait prisonnier, il s’évade en traversant la Loire en nageant et rejoint l’arrière-garde de l’armée de Chanzy pour reprendre sa place au combat. En 1876-1877, il se rend en Bosnie sous le nom de guerre Petar Mrkonjić, à la tête des insurgés serbes qui combattent les Ottomans en Bosnie-Herzégovine, mais après l’occupation de Bosnie par l’Autriche-Hongrie, il passe plusieurs années au Monténégro, la deuxième État serbe dans les Balkans. Le jeune prétendant au trône de Serbie se marie avec la fille du Prince Nicholas Petrović Njegoš, la princesse Zorka, avant de se installer, après la mort de sa femme, avec ses trois enfants en Suisse. Le petit fils de Karageorges, célèbre chef de la révolution serbe de 1804, le prince Pierre était le fils du prince Alexandre Karadjordjević, détrôné en 1858.
Un complot militaire met fin en 1903, au règne autocratique d’Alexandre, dernier roi de la maison des Obrenović. Le prince Pierre retourne en Serbie, après presque un demi-siècle d’exil, à l’âge de 59 ans. Lors de son arrivée sur le trône de Serbie en 1903. Pierre Ier de Serbie, traducteur de « Essai sur la liberté » de John Stuart Mill, met en place en Serbie la constitution de 1903, l’une de plus démocratiques et la plus libérale en Europe, inspirée par la Charte française de 1830.
Après seulement quelques années de son règne selon les meilleurs critères de la démocratie parlementaire, Pierre Ier devient le symbole d’espoirs multiples : il était non seulement le porteur de l’amitié franco-serbe dans les Balkans mais aussi le promoteur et le gardian des libertés politiques, et de la gouvernance constitutionnelle et parlementaire dans toute la région de la péninsule. Encore plus, en libérant l’énergie démocratique en Serbie et en définissant les bases de sa modernisation, il devient le symbole d’espoir de tous les Serbes, et les Slaves du Sud, qui était à cette époque-là, les sujets inégaux, voire victimes de pratiques discriminatoires au sein des Empires avoisinants des Habsbourg et des Ottomans.
Après 1903, Pierre Ier n’a pas oublié ses camarades de Saint-Cyr et la guerre de 1870, certains devenus des colonels et des généraux, qu’il a accueilli à Belgrade à plusieurs reprises. À Belgrade le roi Pierre fut également le président de la Société littéraire qui favorisait l’amitié avec la France, alors que la Serbie demeura, jusqu’à 1914, le prestigieux centre de la démocratie et des libertés politiques, et comme Piémont serbe, le centre des rassemblements politiques des Slaves du Sud. Les libertés politiques en Serbie favorisaient un foisonnement culturel qui fit de Belgrade un phare de liberté pour tous les Serbes des Balkans ainsi que pour Croates et les Slovènes, les Slaves musulmanes, les Serbes du Kosovo et de la Macédoine slave.
Sous Pierre Ier la Serbie reçut le surnom de berceau de la démocratie dans les Balkans, et son règne le surnom de l’Age d’or de la Serbie. En été 1914 le journaliste français André Chèradame s'est rendu compte, en étant notamment ému par sa découverte, que le peuple serbe de l'époque était particulièrement attaché au modèle français de la démocratie ainsi que le peuple le plus francophile du monde.
L'opposant de l'expansion agressive germanique dans les Balkans, le roi Pierre s'est fortement retourné vers la France et la Russie, à la différence des derniers souverains de la dynastie rivale Obrenovic, qui étaient surtout attachés à Vienne. En fournissant à l'armée serbe des cannons de l'usine Schneider — Creuzot, le roi Pierre n'a pas seulement confirmé sa francophilie, mais il a aussi créé les bases solides pour la défense et les guerres de libération à venir. Les grandes réussites et les victoires spectaculaires de la Serbie durant les guerres balkaniques (1912-1913), un an après sa visite à Paris, ont renforcé le prestige du roi Pierre et de la Serbie, non seulement en Europe mais à l’échelle mondiale.
En presque doublant son territoire dans le sud, la Serbie est devenue une menace pour l’Autriche-Hongrie. L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en juin 1914, organisé par des patriotes serbes de Bosnie, Ce attentat a servi de prétexte pour les réactionnaires militaristes de Vienne, encouragés par le soutien de l’Allemagne, de commencer le conflit longuement préparé avec la Serbie et de provoquer ainsi « la Grande Guerre ».
Le roi Pierre atteint par la maladie, décide de se retirer de la scène politique. Il désigna en juin 1914 son fils cadet Alexandre comme Prince régent et lui laisse le soin de mener les opérations militaires jusqu'à l’offensive victorieuse d’automne 1918. Malgré sa maladie et l’absence de la vie politique, Pierre Ier, appelé par le peuple l’« oncle Pierre » était dans les premiers rangs durant les épreuves les plus difficiles de la guerre et donnait l’inspiration et la force aux soldats épuisés par le combat. Lorsque la Serbie, cette allie héroïque de la France attaquée en 1915, de trois différents cotés, fut militairement écrasée, le roi Pierre traversa, ensemble avec l’armée les montagnes enneigés d’Albanie, en se faisant admirer par les souverains, généraux et soldats alliés.
Transporté par les navires français sur l’Ile de Corfou , comme la majorité des soldats serbes et des civils sauvés, simple et modeste, Pierre Ier était admiré pour son courage et son loyauté à sa patrie, de son dévouement à l’idée de la liberté et l’unification serbe et yougoslave. Le vieux roi Pierre Ier, inspiré par les doctrines françaises, promouvait les valeurs de liberté, de justice et de souveraineté, qui ont servit des bases pour l’amitié franco-serbe, forgée dans les tranchées du Front d’Orient, en arrière pays de Salonique,
Élus rois le 1er décembre 1918, dans le premier État yougoslave, Pierre Ier obtient le titre flatteur du roi « Grand libérateur ». Roi Pierre finira ses jours dans une modeste demeure à Belgrade en 1921, où il recevra ces amis et ses admirateurs. Après sa mort n 16 août 1921 son fils, le prince régent devient roi Alexandre Ier de Yougoslavie.
Pendant sa visite officielle en France en novembre 1911, Le roi Pierre reçoit la médaille commémorative de guerre de 1870. Entre deux guerres une promotion de Saint Cyr était nommée Pierre Ier de Serbie. Un monument était érigé à son honneur a Orléans, où il fut blessé en 1870, tandis que le grand monument dédié à lui et son fils roi Alexandre de Yougoslavie a été solennellement inauguré à Paris en 1936 (Porte de la Muette).
Aujourd’hui, cent ans plus tard, nous sommes ici pour rappeler la grande amitié qui reliait, durant une grande partie du 20ème siècle, nos deux pays, l’amitié soutenue par le roi Pierre Ier, qui nous inspire et encourage, même aujourd’hui, à renforcer davantage les relations amicales bilatérales entre la Serbie et la France. Les vieilles amitiés ont une grande importance, et il fallut les entretenir et renouveler : En inaugurant cette plaque commémorative, nous avons encore montré que nous comptons sur le soutien important de la France, le partenaire stratégique de la Serbie, dans notre voie difficile mais persévérante de l’intégration à l’Union européenne, l’objectif principal de la politique étrangère de la Serbie.
Paris, le 19 décembre 2011